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Rénovation de l'église de Romsée

L'église de Romsée rénovée : Au "choeur" de l'histoire des mineurs (2)

L’église de Romsée bénéficie de vitraux remarquables, réalisés en 1960 par André BLANCK, de Raeren. De pareils murs de lumière ne permettent pas au concepteur de leur opposer d’autres créations trop prétentieuses : ce sont les vitraux qui donnent la couleur, les murs doivent donc rester plus discrets afin d’accueillir les jeux de lumière.
L’avez-vous remarqué ?... les vitraux du choeur privilégient des stries horizontales, alors que celles de la nef sont verticales. L’aménagement réalisé pour adapter le choeur à la liturgie post-conciliaire (années ’60) fait également la part belle à des boiseries verticales supportant le grand crucifix.
Cette alternance de vertical et d’horizontal dans une église à peu près dénuée de courbes m’a suggéré de symboliser la rencontre de la dimension divine (verticale) et de la dimension humaine (horizontale) de la foi chrétienne. Dans toute croix, les deux droites qui se ...croisent rappellent au croyant qu’il ne peut séparer l’humain et le divin. À Romsée, la prééminence des droites et des angles renforce encore l’idée d’alliance entre terre et ciel : en architecture traditionnelle occidentale, le carré est le symbole de la terre, du jardin et de l’ordre créé, en contrepartie du cercle qui symbolise l’incréé, le ciel, le divin. Ainsi, les moines donnaient à leurs cloîtres une forme carrée.
Je ne savais encore que faire de ce constat mais il me parlait.

choeur romseeLe chœur
Le grand panneau occupant l’emplacement de l’ancien maître-autel avait suscité maintes suggestions d’"habillage". Suivant l’avis du maître verrier (et professeur pensionné de diverses écoles, dont la Sorbonne) Jean-Marie GERON, de Verviers-Lambermont, j’ai cherché à donner de la "matière" à cette surface peu chaleureuse.
La première piste était de recouvrir d’argile tout le panneau.
Elle aurait été teintée en rouge, selon un souhait de la plupart des partenaires (curé, Fabrique d’Église, échevine des travaux, architecte communal, entrepreneur de peinture...). Si j’étais partisan d’une note de rouge donnant un peu plus de chaleur au bâtiment, une surface de 3,50m sur 2,50m intégralement rouge face à l’assemblée me laissait dubitatif. Un concours de circonstance providentiel a conduit au résultat actuel.

choeur2romsee1. Essais de rouge
Sur un petit panneau rectangulaire, j’ai essayé le mélange d’argile et cherché la meilleure nuance de rouge.
Simultanément, pour le grand panneau, les peintres peignaient quatre carrés d’essai rouges, du plus sanguin au plus terreux.
Selon la technique préconisée pour réaliser des parois d’argile, je me mis ensuite à dérouler et à fixer sur le grand panneau les rouleaux de roseaux sur lesquels l’argile viendrait s’accrocher, les noyant entièrement.

C’est lors d’un aller-retour vers l’entrée de l’église qu’un coup d’œil s’imposa soudain : non seulement les roseaux horizontaux contrebalançaient les boiseries verticales un peu écrasantes et habillaient de douceur le grand panneau, mais ils tamisaient idéalement les carrés rouges, leur donnant une présence plus feutrée et originale.
Après quelques tentatives, le panneau d’essai trouvait une place idéale pour leur répondre.
Dans l’enthousiasme de l’Euréka, j’ai immédiatement kidnappé pour quelques minutes Marielle RENAUD, puis Henri et Christiane SAIVE qui ont validé l’essai : « C’est cela qu’il faut ! »

2. Le rouge et le noir
DSC 3511Une autre idée me trottait en tête depuis un moment : « C’est quoi, l’humain, à Romsée ? » La réponse s’impose : face à l’église, le monument rappelle l’histoire minière dont les vestiges disparaissent en ces moments mêmes, à 300m de l’église, à Wérister. Cette petite colonne d’argile – donc évoquant la terre et le travail de l’homme – colorée de rouge – donc évoquant le sang et la souffrance – devint pour moi le puits par lequel les mineurs s’enfonçaient jadis sous terre.
Mario COLANTONIO en est témoin : sur le site du charbonnage bouleversé par les pelleteuses, j’ai recueilli les fragments de schiste et de terre charbonneuse désormais insérés dans le bas du “puits“.
Au-dessus de celui-ci, deux barres d’acier, composant jadis Dieu sait quelle infrastructure du charbonnage, forment pour ceux qui savent regarder – la discrétion est volontaire – l’angle, reconnaissable entre tous, formé par les montants d’une “belle fleur“, autrement dit le chevalement où passait le câble de l’ascenseur.

3. Une couture
Quelle chance : les roseaux sont imparfaits, parfois manquants ! Et une séparation peu marquée divise le panneau en deux zones inégales. Pourquoi ne pas y voir la couture, la jointure, l’articulation toujours mouvante entre l’humain et le divin ?
Seul un des trois carrés est du côté de la mine et du travail de l’homme. De cette Trinité, c’est bien le Fils qui s’est impliqué à mort dans l’aventure humaine.
Et c’est bien lui qui joint la terre au ciel, en particulier par le sacrement de l’Eucharistie auquel chaque église fournit le cadre. Tout en élevant le regard, le bas-relief en cuivre des disciples d’Emmaüs rappelle donc que Dieu et l’homme se rencontrent dans la vérité du Partage.

La nef
Quelques brefs rappels de rouge suffisent pour relier la nef au chœur. Ils sont là, sans s’imposer, dans le coin des yeux, dès que l’on franchit le sas d’entrée.

Quand le soleil traverse les vitraux, leur mauve s’appuie d’autant mieux sur le très discret rappel des embrasures peintes couleur parme léger.
Sur les photos, cette teinte semble très envahissante ; elle l’est beaucoup moins dans la réalité.

De même que les taches brunes agressives des portes du chœur ont désormais disparu, les panneaux d’affichage et accessoires superflus dans la nef devaient s’effacer pour ne pas rompre l’harmonie assez épurée de l’ensemble.

Un fond neutre convenait derrière les statues très différenciées de sainte Marie et sainte Gode.

Le nouvel éclairage, puissant sans être agressif, donne à l’ensemble une impression de netteté : l’église est claire et apaisante, aux antipodes des édifices poussiéreux ou encombrés. Seul bémol à cette impression : il est, hélas, difficile de nettoyer les vitres du côté où vitraux et vitrages de protection sont en vis-à-vis et inaccessibles sans un laborieux démontage.

nefegliseromseeCollaborations
Quelques remerciements pour ce résultat si réjouissant :

- au collège communal de Fléron et en particulier l’échevin de cultes Pierre VANDERHEIJDEN qui, depuis plusieurs années, nous accompagnent résolument dans la défense du patrimoine religieux fléronnais ;
- aux membres de la Fabrique d’Église de Romsée, en particulier Joseph THEIS et Mario COLANTONIO, très mobilisés et actifs durant toute la durée des travaux, par exemple pour le nettoyage intérieur de tous les vitraux ;
- à Françoise LERMUSIAUX, architecte de la commune de Fléron, avec qui la collaboration empathique devient une tradition ;
- à Liliane WALTHÉRY, sacristine, qui ne ménage sa peine ni pour réussir un projet de grande ampleur ni au quotidien depuis des années, et grâce à qui l’église reste habituellement accessible en journée ;
- aux autres bénévoles qui mettent régulièrement la main à la pâte, entre autres Marielle et André RENAUD, Cécile COLANTONIO, Guy CAUDRON et Henri SAIVE ;
- à Jean-Marie GERON et Marie-Hélène LAFFINEUR pour leurs conseils en esthétique ;
- à l’entreprise APPRUZZESE avec laquelle une collaboration cordiale s’est, une fois encore, rapidement mise en place.

par Jean LIEVENS, curé-doyen (Pâques 2019)

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  • Site modifié le vendredi 13 décembre 2019 à 00:15:17